Nous avons tenté, dans les deux dernières articles, d'expliquer brièvement les aspects socio-économiques primitif de l'Iran avant et après l'islam, en analysant très brièvement la civilisation des premières Etats ainsi que le développement de la vie villageoise sous la domination d'un système féodal d’Etat et dans le cadre du mode de production Asiatique ou selon certains auteurs : despotique, tributaire etc ... C’est ainsi qu’on met l’accent sur ce qu’a été le mode de production asiatique et sur ses caractéristique qui sont bien différente de celle de la féodalité européenne . Il faut dire que tous les changements de la structure socio-économique sont basés sur la particularité de ce mode de production, en considérant, bien sur, les changements de l’évolution de la propriété foncière provoqués par des invasions dégradantes ( nomades Arabes, nomades Mongoles ….) ou l’installation d’une nouvelle dynastie . Même durant la deuxième moitié du XIX siècle nous voyons des mouvements bourgeois, tels que celui du tabac ou plus largement la Révolution constitutionnelle . Mais il faudra encore longtemps pour que le système féodal dominant en Iran prenne fin. Un changement profond dans la société iranienne ne sera réalisé qu’a la suite d’une réforme bien organisée dans le cadre de la division internationale du travail et ceci en réponse à la demande du système capitaliste mondial.
Ici on peut se demander, pourquoi le processus économique de l’Iran n’a pas aboutit comme celui des pays occidentaux, dit développé. Ceci est enraciné à la modalité de la féodalité en Iran, autrement dit la mode de production asiatique et cela remonte à la société primitive iranienne , en fait pour mieux comprendre l’histoire socio-économique de l’Iran actuel , pour mieux saisir les transformation effectuées , il nous semble nécessaire de faire un retour assez lointain dans le passé ,passé qui reste un élément nécessaire à la compréhension du présent . L’histoire connue de l’Iran (la Perse) commence plus ou moins vers le IX siècle avant J.C, à l’époque où dans les pleines iranienne vivaient des tributs dont la langue était d’origine indo-européenne .Les plus puissante s parmi ces tributs étaient les tributs “Made“ et “Parse“ c’est à partir de 550 avant J.C que le tribut Perse s’installe en Iran et la dynastie des “Achéménides“ verra jour avec le roi Kouroch (Cyrus). Durant le règne de cette dynastie qui s’éteindra en 250 avant J.C, la classe au pouvoir se composait essentiellement de sept grands familles et des religieux .Le pays était divisé en une vingtaine de Ksatrapa (département) et chaque de ces territoires avait un chef à sa tête (qui faisait partie de la classe au pouvoir) .
Ces chefs avaient un grand pouvoir, mais dépendaient du roi qui, par ses émissaires pouvait les contrôler personnellement.
‘’Le rôle principal de ces responsables était de collecter l’impôt (kharaj) .Ainsi avec les énormes richesse que les rois possédaient, ils pouvaient se consacrer à des grands travaux publics auxquels participaient les Egyptiens, les Grecs, les Syriens et aussi les Iraniens ‘’(1).
Le caractère communautaire des villages est marqué à ce moment-là par l’existence d’institutions propres : Chef de village (Kômarque), Assemblée générale des villages, terres communes pouvant être redistribuées à l’intérieur des unités familiales , qui , ensemble constituent la communauté rurale .
Dans les territoires divisés en Satrapies par Dariush et contrôlés directement par l’administration rurale, la terre est considérée comme ‘’royale’’. C’est l’exploitation de cette terre ou plus exactement l’exploitation des communautés rurales qui la travaillaient qui fournit une grosse partie des ressources que les rois prélèvent sous forme de tributs et qu’ils thésaurisent en les conservant dans leur trésorerie et leur magasin . Ce que l’on peut relever, c’est l’importance accordée par Marx aux communautés villageoise : Elles constituent d’après lui les communautés de base , coiffées immédiatement par un Etat tout puissant , qui intervienne et agit dans tous les, domaines de la vie socio-économique . Dans la plupart des formes Asiatiques fondamentales, l’unité d’ensemble qui est au-dessus de toutes ces parties entités communautaires apparait comme le propriétaire supérieur ou le propriétaire unique, la communauté réelle n’apparaissant par suite que comme possesseurs héréditaires.
La civilisation Achéménides, comme le confirme Ghirchman est la plus haute de son époque, par le développement de son agriculture (Jardinages, domestication des animaux : Cheval, bœuf ….) et surtout par l’exploitation des minerais comme le Fer , l’Or ,l’Argent ainsi que par le développement de la charrue , de celui du commerce , les transactions et la circulation de la monnaie .
Ici, l’expansion des forces productives humaines nous semble remarquable. Dans les formation de type tributaire, cette expansion représente un élément constitutif déterminant du problème, à la fois sous ses aspects quantitatifs (croissance démographique) et organisationnels (formes de travail à l’intérieur de la communauté et à l’échelle de l’empire).
Dans ce domaine, P- Briant nous explique que : ’’ La fonction militaire du Satrape et de ses subordonnés s’intègre dans une mission politico-économique dans la mesure où la paix constitue un élément décisif de l’augmentation de la capacité de travail à venir des dépendants et la population paysanne (et donc du développement quantitatif des forces productives humaines) ’’(2).
Une citation de Ghirchman nous indique le mode de paiement : ’’ Du temps de Xerxès 485 – 465 avant J-C, à l’époque Achéménides, on payait encore deux tiers en nature et un tiers en argent. Plus tard et sous le même roi, la paye en nature est réduit à un tiers seulement. Il fallut donc un demi- siècle avant que la monnaie ne remplaçât les produits et que le nouveau système triomphât, et ceci bien que dés le début certaines transactions se fissent déjà entièrement en argent ’’(3).
En fait, le développement des travaux publics, comme la construction de canaux souterrains , de palais de temples de routes , de ponts e t c…oblige l’Etat à régler ses paiements aux travailleurs et à s’intéresser aux salaires . ’’ il ne s’agit certes pas encore d’une législation ouvrière main indices d’œuvre sociale se reflétant dans les tablettes de la trésorerie de Persépolis où les salaires de chaque classe de travailleurs sont strictement réglementés, ou la paye d’une femme, d’un enfant, d’un manœuvre ou d’un artisan spécialisé est précisé est précise ’’(4). C’est presque la première fois dans l’histoire humaine que nous entendons parler de salaire par les enfants et les femmes …
On a déjà parlé de l’existence de la formation de véritables banques privées, sous les Achéménides, comme celles de la banque des descendants d’Egibi de Babylon. Cette banque pratiquait l’opération de Mont de piété, le crédit mobilier et les dépôts : son capital se trouvait engagé dans les maisons, les champs, le bétail et les bateaux qui transportaient les marchandises, elle connaissant les opérations des comptes courants e t c…
Une autre banque, celle de Murashihi , fils de Nipure , était plus récente : ’’ elle prenait les fermages , faisait creuser des canaux et vendait l’eau aux agriculteurs . Elle assurait des monopoles comme celui de la bière ou celui des pêcheurs qu’elle cédait avec bénéfices …’’ (4)
En Iran Achéménides, comme aujourd’hui, l’importance de l’eau et de l’irrigation était considérable. A cette époque déjà, il y’a une véritable politique de l’eau. Quelle que soit la technique utilisée, le contrôle royal (direct ou indirect ) sur les communautés de base ne connait guère de limites : il ne fait aucun doute que le contrôle de l’eau a constitué un élément essentiel du pouvoir du roi , surtout quand on sait qu’il permettait de dominer plus étroitement les satrapies les plus productives .
D’après P- Briant , on peut opérer une distinction entre deux grandes zones : l’une ou il s’agissait de canaliser et de répartir les eaux surface , l’autre ou on devait utiliser des eaux souterraines .La première zone comprend les grands vallées ou les Achéménides ont pour l’essentiel récupéré l’héritages des Etats antérieurs , qu’ils n’ont pas hésité à faire fructifier . La deuxième zone comprend le plateau iranien, particulièrement aride, où les Achéménides tout en réutilisant des techniques connues à l’époque, ont entendu considérablement l’agriculture irriguée. Les conditions chimiques et géographiques conduisirent à capter les eaux souterraines grâce à des forages horizontaux de galeries, les ’’QANATES’’.
Par rapport à la technique des barrages ou des canalisations apparentes, celle des Qanates présente une différance importante du point de vue de l’organisation sociale du travail … Elle supporte pas la concentration de moyens matériel et humaines considérables ; le forage des Qanats est l’œuvre de quelques spécialistes (les Moghanis) qui œuvrent au niveau local.
On retrouve ici et là les différentes étapes de la mise en exploitation d’un nouveau territoire : conquête militaire , installation de nouvelles communautés, et travaux de mise en valeur (irrigation et autre ) , augmentation de la production et donc de rentrées fiscales, croissance de la puissance politique du ’’ grand roi ’’ qui elle-même permettra de nouvelles conquêtes etc …Il faut ajouter aussi que les Hachéménides avaient diffusé le système des Qanats dans plusieurs régions de leur empire : en Arabie, dans l’oasis Egyptien …..
Nous voyons donc, pas à pas, le fonctionnement de l’accumulation de la richesse, soit par la conquête militaire, soit par d’autre moyen, comme le système d’irrigation, d’où une forte dépendance économique des communautés rurales. On voit que, pour ces dernière, l’eau devient une marchandise et que, comme Ghirchman le disait, elle rapporte des bénéfices pour les maisons de commerce, d’où une augmentation du capital commercial.
On peut dire d’autre part que les grands propriétaires fonciers deviennent de plus en plus nombreux. Une partie du pays se transforme et se couvre de propriétés d’Etat, de grands domaines, ce qui nous permet de comprendre le mode de production asiatique.
D’ailleurs à cette époque, il y’a déjà séparation très nette entre villes et campagnes, travail urbain et travail rural, mais la campagne domine toujours la ville. Aussi la création de la monnaie et l’afflux de l’or constitue un système parfaitement équilibré de protection de taxes et développe les centres commerciaux et le système bancaire.
En bref , nous nous confrontons à un mode de production nommé ’’Asiatique’’ , caractérisé par , d’une part la domination d’une classe d’aristocratique sous le titre de l’appareil d’Etat qui survit avec le surplus de la société , d’autre part , l’existence de la propriété privée ’’subordonnée’’ de la terre . Dans la plupart des cas, l’individu en tant que membre de la communauté particulière est sous l’exploitation directe ou indirecte de la communauté supérieure (l’Etat).
Ici il faut dire, entre autre, le rôle de l’Etat durant toute l’histoire de ce pays est remarquable ; d’une part l’Etat s’oppose au pouvoir économico-politique des grands propriétaires et d’autre part, il amortit la dynamique de l’histoire en faisant participer la masse de producteurs directs, autrement dit cela entrainait un obstacle à la libération des forces de travail , par conséquent au perfectionnement des forces productives.
Cette situation caractérisée par la domination de l’Etat n’a pu changer qu’avec l’affaiblissement du pouvoir central vers la fin de l’empire des sassanides et plus exactement après l’invasion et l’occupation complète et indigne par les Nomades Arabes sous le drapeau de l’Islam. C’est à partir de cette époque que l’on considère l’application des lois socio-économiques islamique en Iran et qui se poursuivre jusqu'à aujourd’hui.
Voila les raisons pour lesquelles que la Perse, un pays relativement développé à l’époque, a cessé son rythme du développement devient l’Iran de nos jours, un pays, encore relativement peu développé … !
Nous voyons une particularité qui distingue cette forme de développement de forme occidentale, à partir de l’invasion des Nomades Arabes et jusqu’au XIXème siècle, le pays a connue les règne d’une dizaine de dynastie d’origine nomade ….
L’ensemble de ces éléments a crée un retard dans le processus de l’évolution de la structure socio-économique de l’Iran. Bref c’est à ce point-là que nous distinguons les voies de développement vers le capitalisme (la transition du féodalisme au capitalisme), contrairement à l’Europe où la naissance du capitalisme fut le fruit de la contradiction interne du féodalisme dominante. Nous verrons plus tard, comment les féodaux et la bourgeoisie naissante (commerciale) qui collaboraient activement avec les puissances coloniales a détruit les activités industrielles, de freiner le développement des nouvelles couches bourgeoises s’est alors orientée vers des activités de spéculation territoriale et des activités usurières …
Nous tenterons de montrer quelques efforts effectués par la bourgeoisie nationale ou les petites bourgeoisies (Mouvement du tabac, révolution constitutionnelle ….) que n’ont eu pour résultat que quelques changements sur les forme de propriété foncière, sans toucher les rapports de productions (féodalisme) dominants à l’époque.
Enfin, nous verrons que la création du système ’’capitalisme non harmonieux’’ en Iran n’était pas la conséquence logique du développement des forces productives.. Notons que l’importance du rôle de l’Etat durant toute l’histoire socio-politico-économique de l’Iran nous oblige à mettre en lumière la présence consécutive d’un Etat dictatorial durant des siècles , parallèle et protégé par la religion … , et cela nous convaincre que l’évolution de la société iranienne n’est possible qu’au travers un changement des rapports sociaux afin d’instaurer un système politico-économique Nationale et Laïque , cela ne pourra pas être réalisé que par un gouvernement populaire et démocratique . Nous croyons que ce phénomène est la condition préalable pour parvenir à une société pus juste.
Shahrokh.V
1. Piolevskaya in ‘’ Histoire de l’Iran ‘’ , P31
2. P . Briant : L’Iran , Histoire et révolution .
3. Ghirshman .R : L’Iran des origines à l’Islam ed,Payot 1951 P.161
4. Ghirchman ,idem, P163 et P 165
Bibliographies:
P.Briant : Histoire de l’empire Perse, de Syrus à Alexendre, Fayard 1996.
Henri. Stierlin :Splendeur de l’empire Perse .
Pierre Amiet : Suse 6000 ans d’histoire et archéologie n°138 mai 1989.
Collectif, regard sur la Perse antique , 1998 .
Marcelle Dieulafoy : Suse , journal des fouilles, 1988.
Roland de Mecqene, Archéologie Susienne. Presse universitaireParis1943
Haurt. C L’Iran antique , Elam et Perse et la civilisation iranienne
Ravandi . M :Histoire sociale de l’Iran , ed Sepehr 1978.
Simonet.P.A : Féodalisme et libéralisme en Iran,
Revue développementet civilisation Juillet .Sept 1962.