Bienvenue, Invité. Veuillez vous connecter ou vous inscrire.
Avez-vous perdu votre courriel d'activation?
Mizehgerd - Le forum iranien « Français « Table ronde «  (Modérateur: DarkDarvish) Enigme du pouvoir
Pages: [1]   Bas de page
  Imprimer  
Auteur Fil de discussion: Enigme du pouvoir  (Lu 148 fois)
0 Membres et 1 Invité sur ce fil de discussion.
BIBI
Invité
« le: 20 Septembre 2009 à 12:15:17 »

La démocratie idéale
De quoi est faite cette représentation idéale ?
Si on s'en tient au monde moderne sans remonter à la démocratie antique, on peut dire que, dès son origine, dans le monde occidental, elle est marquée du sceau de l'universalité.
Elle se présente comme un régime à vocation universelle, qui croit profondément que les valeurs qu'elle incarne doivent se répandre.
Ainsi, la Déclaration d'indépendance américaine (4 Juillet 1776)

    Extraits : « Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par leur Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis par les hommes pour garantir ces droits et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement. »

et la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de la Révolution française (26 août 1789)

    Extraits : «1- Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
    4- La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.
    6- ...Tous les citoyens étant égaux (aux yeux de la loi) sont également admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics selon leur capacité et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents. »

Elle suppose la possibilité d'une dissidence, la nécessité d'une opposition.
Cette opposition nourrit le débat, essentiel, qui réunit les citoyens d'opinions différentes. La société démocratique gère donc les affaires par la discussion et peut pacifiquement se débarrasser du gouvernement dont elle ne veut plus.
Elle est sous-tendue par les notions de bien commun et de souci collectif.
Elle affirme l'égalité de tous, au moins devant la loi.
Sans devoir exciper de qualités particulières que ce soit de naissance, de richesse ou de savoir, tous peuvent prétendre à gouverner. Dans la plupart des cas réels, l'égalité politique est réalisée et symbolisée par le suffrage universel.
Si la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 affirme que tous les citoyens sont égaux aux yeux de la loi, la Constitution de 1791 fait la distinction entre citoyens actifs et citoyens passifs. La Constitution de 1795 (an III) ajoute cette précision intéressante :
-art 9 « sont citoyens, sans aucune autre condition de contribution, les Français qui auront fait une ou plusieurs campagnes pour l'établissement de la République », mais en 1795, cette citoyenneté de base ne donne pas le droit d'élire les députés (droit réservé aux propriétaires).
Elle établit le droit à la liberté dont les racines plongent dans l'habeas corpus de l'Angleterre monarchique. La loi étant garante de l'absence de toute puissance erratique (séparation des pouvoirs) et issue d'une assemblée en principe librement choisie, la démocratie offre un sentiment de sécurité et de protection des droits de la personne qu'aucun autre régime n'assure.
Laure
Champion
**
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Femme
Messages: 507



« Répondre #1 le: 20 Septembre 2009 à 15:37:13 »

  J'aime.

"Imaginer, c'est hausser le réel d'un ton." Gaston Bachelard
BIBI
Invité
« Répondre #2 le: 20 Septembre 2009 à 15:43:50 »

Principe d'égalité

3.1 Ce qu'il signifie comme bouleversement fondamental et scandaleusement révolutionnaire
L'égalité repose sur un concept abstrait, une catégorie universelle de l'individu qui, comme toute valeur universelle, fausse l'appréhension réelle de la société, nie le lien entre les personnes et en exclut bon nombre (femmes !)
C'est au XVIIIe siècle qu'une révolution de la pensée fait de l'individu, l'être moral idéal qui porte les valeurs fondamentales de liberté et d'égalité. Cet individu ne tient que de lui-même, de sa «nature humaine», ce qui le fait agir ; il incarne l'autonomie absolue et se donne à lui-même ses propres lois. Cette conception est révolutionnaire car elle rompt avec la conception des sociétés traditionnelles qui perçoivent l'homme comme intégré dans un tissu social auquel le lient des relations d'interdépendance.

Tirer les conséquences ultimes de cette affirmation de l'égalité des hommes dans la société et face aux nécessités d'organiser et de diriger cette société, revient à émettre une idée stupéfiante : aucun titre à gouverner n'est requis et le droit de gouverner n'est fondé que sur l'absence de tout titre à gouverner. Le gouvernement démocratique n'est fondé sur rien d'autre que l'absence de titre de naissance, l'absence de titre de propriété, l'absence de titre de savoir.
« Dernière édition: 20 Septembre 2009 à 17:17:45 par BIBI »
BIBI
Invité
« Répondre #3 le: 20 Septembre 2009 à 15:44:52 »

Comment il fut neutralisé
Les possédants (aristocrates ou bourgeois) s'emploieront à composer avec l'incontournable et à fixer des limites à la démocratie. Nullement présente en 1789, la propriété apparaît comme un droit naturel dans la Constitution de 1791, s'absente à nouveau en 1793 et revient en force avec la Constitution de l'An III (la devise de la République est alors : Liberté, égalité, propriété) : le bon vieux titre de propriété autorisant à gouverner refait ainsi rapidement surface.

L'accaparement du pouvoir par une caste politique de plus en plus héréditaire, la raréfaction des représentants de la classe ouvrière dans les hémicycles démocratiques signent la réapparition du titre de naissance justifiant le droit de gouverner.

On se retrouve donc dans des démocraties où oligarchie étatique et oligarchie économique ont accaparé la «res publica». Mais ce sont encore des Etats de droit où le pouvoir est limité par la reconnaissance de la souveraineté populaire et des libertés individuelles. Les libertés limitent le pouvoir de ces oligarchies, mais en retour le masquent !

La «démocratie représentative» ou «système parlementaire» est, dès son apparition, l'expression d'oligarchies soit de naissance, soit de compétence, soit de richesse (toute l'évolution du droit de vote vers le suffrage universel est balisée de citoyens passifs, de conditions de cens, de capacitaires...). L'important semble dès lors être le «consentement » donné à ceux qui exercent le pouvoir et non son exercice réel. Les élections seraient le dispositif permettant d'exprimer le consentement : l'élite une fois élue peut exercer son pouvoir au nom du peuple. Une fois le Suffrage universel acquis, l'exercice réel du pouvoir reste aux mains de corps institutionnalisés et de partis.  
« Dernière édition: 20 Septembre 2009 à 17:18:00 par BIBI »
BIBI
Invité
« Répondre #4 le: 20 Septembre 2009 à 15:46:03 »

Dévalorisation du politique compris comme engagement citoyen

4.1 Mission des Etats : assurer les besoins vitaux
La vie politique est subordonnée à une nécessité et non dévolue à l'exercice de la liberté. Dans ce cadre-là, des experts sont éventuellement plus efficaces que des citoyens pour résoudre des problèmes précis et la «gouvernance» pointe le nez. La politique est ainsi envisagée comme un moyen en vue d'une fin et n'est donc plus axée sur la nécessité de créer un espace qui permette aux hommes d'exercer, par la discussion, leur liberté identifiée au «pouvoir de commencer», à la mise en mouvement constante, à la détermination des limites du public et du privé.

4.2 Complexification des affaires (fiscalité, budget...) encourageant le pouvoir des experts et le désengagement citoyen.

4.3 Actuellement, le droit et l'économie produisent leurs propres normes sans qu'il y ait expression d'une volonté collective.
Une vision consensuelle s'est installée qui fait que, de droite à gauche, on a la vision d'une seule et même réalité mondialisée, ininterprétable et qui demande seulement des réponses adaptées à son bon fonctionnement : c'est la réalité économique où se retrouvent le principe de la richesse et le principe de la science comme principes de gouvernement. La certitude massive d'un primat de la loi du marché supprime tout débat, c'est-à-dire l'essence même de la démocratie entendue comme vie politique.
La vie politique suppose des identités réelles (classe ouvrière, bourgeoisie, aristocratie), mais le triomphe actuel de la production pour elle-même ou pour les bénéfices qu'elle génère, produit une indifférenciation de consommateurs pour qui l'activité politique n'a plus aucun sens : la docilité et la soumission du corps social a été obtenue sans violence gouvernementale. Les accès de violence populaires restent individualisés ou repoussés aux marges.

4.4 La démocratie c'est du travail et peu s'engagent ; repli sur la sphère privée, absence de projet collectif, individualisme centré sur le désir d'augmenter sans limites la consommation La folie consommatrice actuelle est souvent analysée comme une résultante des excès auxquels porte la démocratie perçue comme tyrannie de l'opinion. L'analyse aurait cependant intérêt à se pencher sur les effets délétères du développement insensé du capitalisme, engagé dans une spirale dépourvue de sens autre que le profit financier.  
« Dernière édition: 20 Septembre 2009 à 17:19:21 par BIBI »
BIBI
Invité
« Répondre #5 le: 20 Septembre 2009 à 15:47:10 »

Dès l'origine, citoyenneté démocratique et citoyens en armes sont deux notions étroitement liées et donc impliquant un certain niveau d'aisance.
Les «citoyens» grecs antiques sont issus de la catégorie des gens qui ont de quoi se payer des armes. Ce sont des propriétaires terriens et s'ils ont des esclaves, non dans un but économique mais pour pouvoir se libérer des tâches qui assurent la vie quotidienne afin de pouvoir aller à l'assemblée s'activer à la chose politique (la «polis» grecque étant le lieu des hommes libres, lieu où la mise en relation des gens, des idées est possible. La politique est perçue comme une fin en soi et non un moyen ; c'est là, dans cette activité de discussion, que se réalise l'humanité de l'homme).

Quand les cités grecques firent appel à des mercenaires, suite aux guerres qui les avaient épuisées, quand la vie urbaine s'autonomisa par rapport à la campagne, la pratique démocratique s'affaiblit.
.
En 1764, le Parlement de Paris définissait également le «droit naturel qu'a tout citoyen à l'usage légitime de sa liberté, ainsi qu'à la propriété de sa fortune et de son état». Ici encore la notion de propriété est importante.

Le mot «citoyen» est ainsi connoté dès son origine antique et lors de son élaboration nouvelle au siècle des Lumières, par deux notions concrètes : la propriété et l'armement.

Il ne me semble pas que, tant les philosophes que les revendications des Cahiers de doléances, aient mis en cause le pouvoir militaire des nobles ni élaboré une théorie de l'armement des citoyens, mais lorsque l'agitation révolutionnaire se fit concrète en juillet 1789, la population pilla les boutiques des armuriers, confisqua les fusils et canons des Invalides et s'empara des armes de la Bastille. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen précise en son article XII que « la garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique. Cette force est donc instituée pour l'avantage de tous » et organisée grâce à une «contribution commune également répartie entre tous les citoyens». On sait les appels ultérieurs à la Nation en armes, et le début de la Marseillaise.

Cette importance donnée à l'armement du citoyen parcourt toute l'histoire de la démocratie. Abandonner les armes à des professionnels reviendrait à abandonner la maîtrise de la politique à des groupes de techniciens ou à une «élite»
(A suivre)

Jacqueline Rossi
Décembre 2007
Pages: [1]   Haut de page
  Imprimer  
 
Aller à: